LA CHANSON DE LA SEMAINE: «L’identité nationale» dans le viseur de Bernard Lavilliers

«L’identité nationale» dans le viseur de Bernard Lavilliers

Par FRANÇOIS-LUC DOYEZ

Bernard Lavilliers à Cannes en 2006.

Trois ans après son dernier album Samedi soir à Beyrouth, et quelques mois après son DVD hommage à Léo Ferré, Bernard Lavillliers sort ce lundi sur les plate-formes de téléchargement son 20e album studio. Causes perdues et musiques tropicales sortira aussi physiquement le 15 novembre. Pour le titre, le chanteur stéphanois s’est souvenu d’une rencontre présidentielle, comme il l’explique dans le communiqué d’Universal Music:  « Un jour, Mitterrand avait invité quelques artistes à l’Élysée, dont Renaud et moi. Il m’avait demandé :“Et vous, Bernard, que faites-vous en ce moment ?”Je lui avais répondu:“Comme d’habitude, je chante les causes perdues sur des musiques tropicales.”

Le titre doit être entier, Bernard y tient : « Les causes perdues sont les plus belles, bien sûr. Mais je n’aurais pas intitulé un album seulement Causes perdues. J’y tiens, même si on ne parle plus, aujourd’hui, de musiques tropicales. Avant la world music, c’est comme cela que l’on appelait la musique brésilienne, la salsa, la musique antillaise… J’ai toujours aimé cette musique. J’ai commencé à jouer de la guitare avec les accords très compliqués de la musique brésilienne. Et j’aime que, dans ces musiques, les grandes chansons ne soient pas toujours joyeuses, même si on danse dessus comme des fous. »

« Je crois que le titre de l’album me correspond bien. Ça résume pas mal de chansons que j’ai pu faire, qui sont pas mal engagées sur des musiques chaloupées », a ajouté l’artiste sur le site du JDD.

Deux titres de ce nouvel album ont été écrits par Bonga Angola, un vieux compagnon de route rencontré à l’aube des années 70 au Discophage, une boîte brésilienne de la rue des Écoles à Paris. «Une scène minuscule, quatre-vingt personnes, une fumée impénétrable, 60 degrés dans la salle», raconte Bernard Lavilliers, «j’étais un inconnu et Bonga devenait un symbole de la musique africaine. Il chantait déjà cette chanson et il me fascinait, avec sa voix hallucinante. Ce n’est pas une voix de blues de Memphis, mais une voix de blues qui chaloupe de manière hypnotique.»

Si musicalement, Bernard Lavilliers est resté fidèle à la world music, il n’a pas non plus changé au niveau des textes. Le gouvernement français en prend particulièrement pour son grade. Le premier extrait de cet album, l’Exilé, évoque l’immigration et Sangatte : «Toi Paris ma beauté fatale / symbole de la France / je me suis fais casser, normal / par ton indifférence». Lavilliers s’engage également dans Identité nationale. Dans cette chanson, il écrit notamment : «Y a des censeurs partout / mentalité de flics / ou bien de courtisans / rampant dans la Milice.» Ou bien encore, plus virulent : «On se croirait à Vichy, chez Pétain/ là où les étrangers, les juifs, les Arméniens/ étaient placardés là sur cette affiche rouge (…)/ Ils vont dans ton passé citoyen, anonyme/ fouiller dans ton casier judiciaire, et ça rime / voir si t’es bien Français, si t’as de bons réflexes / si tu fréquentes pas des gens patibulaires, mais presque»
Lavilliers se justifie : «L’utopie me plaît. J’admets que c’est naïf, mais c’est comme ça : mentalement, je défile avec le peuple. Comme je le dis dans la chanson Causes perdues, je suis solidaire et marginal : je suis artiste, donc marginal, mais je serai toujours du côté de la rue.»

Le premier extrait de l’album, l’Exilé, lors d’une session « Hiboo d’Live »

Causes perdues, avec le Spanish Harlem Orchestra:

BERNARD LAVILLIERS: CAUSES PERDUES ICI

A ÉCOUTER: LES MAINS D’OR ICI

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