1-L’HEURE DU PEUPLE PAR EDWY PLENEL/ 2- Le peuple n’a pas dit son dernier mot … il peut encore empêcher la promulgation la loi par André Martin. / 3- LE RÉVEIL FRANÇAIS par Serge Halimi (Le Monde diplomatique).

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mercredi 27 octobre 2010, par André Martin

Tous les amateurs de foot, de rugby, ou de basket ont vu souvent des matchs dont le résultat a basculé dans les dernières minutes. Même en boxe, celui qui a pris l’avantage n’est pas à l’abri d’un KO à quelques secondes de la fin. Pour la réforme des retraites, la fin du temps réglementaire sera arrivée quand et si le Président de la République promulgue la loi. Tous les syndicats l’invitent désormais à ne pas le faire. Et après le temps réglementaire, il peut y avoir les prolongations suivies parfois des tirs au but. Rappelons qu’en 2006, Jacques Chirac a eu la sagesse de retirer la loi sur le CPE … après l’avoir promulguée.

Chacun est libre de qualifier ceux qui , de droite ou de gauche, de telle ou telle confédération, avaient commencé à dire que la fin du match c’est le vote de la loi par les 2 assemblées. Et Dieu sait si la langue française est riche en qualificatifs. Sachant que cette réforme des retraites est au moins aussi dangereuse, pour l’intérêt général, que la loi sur le CPE.

Le Figaro du 27 octobre titrait « Retraites : le conflit touche à sa fin ». Ceux qui font un tel pronostic, sur la base du fait que le travail a repris dans 4 raffineries et que 4 TGV sur 5 circulent, ne font que livrer leurs espérances. Certes, de beaux esprits viennent de trouver une « issue de secours ». Elle consiste en la promesse d’ouvrir très vite une « négociation » sur l’emploi des jeunes et des seniors. Extrait du Canard Enchaîné du 27 octobre : « A trois jours de la prochaine démonstration de force syndicale, Laurence Parisot et François Chérèque ont livré un spectacle digne des vestiaires de catch, lorsque, avant de s’empoigner sur le ring, les lutteurs s’arrangent sur l’issue du match ». On ne saurait mieux résumer cet attrape-nigaud de dernière minute concoctée par le Medef et Sarkozy. Ceux qui se soucient sincèrement de l’emploi des jeunes et des seniors savent que les principales solutions efficaces à court et moyen terme consistent à :

· supprimer du projet de réforme des retraites le report de l’âge légal de 60 à 62 ans et le report de 65 à 67 ans de l’âge du taux plein · abroger la dérégulation du cumul emploi retraite qui permet à tout salarié, depuis le 1er janvier 2009, de cumuler une retraite à taux plein et un salaire à temps complet ou partiel, sans aucune limite de revenus · abroger les exonérations sociales et fiscales sur les heures supplémentaires

Sur ces 3 mesures d’urgence, pour l’emploi des jeunes et des seniors, il n’y a rien à « négocier ». La seule voie raisonnable, c’est d’exiger.

Deux raisons expliquent que des salariés aient repris le travail ici ou là

Ceux qui ont repris le travail l’ont fait la mort dans l’âme. Et uniquement parce que continuer la grève aurait signifié pour eux une perte de salaire insupportable. Cela vaut notamment pour les raffineries et les cheminots. Le soutien financier aux grévistes monte partout en puissance. Mais le démarrage s’est fait avec 2 à 3 semaines de retard et uniquement à partir d’initiatives locales, puisque les grandes confédérations n’ont pas souhaité inviter les Français au soutien financier à grande échelle.

Laisser se poursuivre au delà de quelques jours la grève de la collecte des ordures, c’était la meilleure façon pour que le soutien très majoritaire des Français envers les grévistes commence à se retourner contre le mouvement. Les structures syndicales qui veulent exercer une pression la plus forte possible sur Sarkozy-Medef, et la plus faible possible sur les citoyens qui soutiennent les grévistes, ne peuvent pas faire l’économie d’un débat sérieux. C’est-à-dire de déterminer les secteurs où la grève peut être efficace et les secteurs où, à l’évidence, la grève deviendra au bout de quelques jours contre-productive (collecte des ordures, transports de proximité, services de santé …).

Pourquoi Nicolas Sarkozy et ses conseillers ont accéléré le calendrier ?

D’une part, pour mettre le plus vite possible les frileux devant le fait accompli du vote de la loi par les 2 assemblées.

D’autre part et surtout, parce qu’ils savent que le peuple est capable de faire preuve d’imagination, si on lui laisse un peu de temps. Voilà pourquoi ils veulent promulguer la loi au plus vite. Le recours de certains groupes parlementaires devant le Conseil constitutionnel va laisser au peuple une à deux semaines supplémentaires pour trouver la bonne « issue de secours ». Pas celle de Laurence Parisot. La seule stratégie efficace désormais consiste à exiger la non-promulgation de la loi, en concentrant les actions de grèves dans quelques secteurs limités mais décisifs (ports, aéroports, raffineries, SNCF, plate-formes logistiques, dépôts de carburants, transports routiers .. notamment). Donc par des actions pacifiques qui gêneront le moins possible les citoyens. Ceux-ci apporteront alors d’autant plus massivement leur soutien financier aux grévistes. Et ils pourront par milliers aller leur prêter main forte sur les piquets de grève. Reste à choisir la date la plus opportune pour relancer ces actions de grèves très ciblées : à partir du 5 novembre (veille de la grande journée d’action du 6) ? … à partir du 8 novembre ?

Edwy Plenel a mille fois raisons, c’est « L’heure du peuple ». Le peuple n’a pas dit son dernier mot. et peut encore empêcher la promulgation de la loi. Tous sur le pont, avec détermination et imagination, afin de relancer et concentrer la grève sur les quelques secteurs stratégiques où ça fera vite … très mal à leurs tiroir-caisse et à leurs portefeuilles d’actions.

27 octobre

andré martin (ingénieur, animateur du site http://www.retraites-enjeux-debats.org/)

Evelyne Perrin (sociologue, ATTAC, AC !, Stop Précarité)

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Le réveil français par Serge Halimi (Le Monde diplomatique).

Le réveil français

Jamais la France n’a connu semblables manifestations depuis quarante ans. La personnalité de M. Nicolas Sarkozy, son arrogance, son souci d’écraser l’« adversaire » ont permis que se rassemble contre lui un très large front. Mais la houle et les foules ne sont pas enfantées par les foucades d’un homme. Elles répondent à un choix de civilisation injuste opéré, au prétexte de la crise financière, par des gouvernements européens dont la palette partisane va de la droite décomplexée à la gauche qui capitule. En Italie, M. Silvio Berlusconi ne fait ni davantage ni pire que les socialistes Georges Papandréou en Grèce ou José Luis Zapatero en Espagne. Tous mettent en danger les services publics et la sécurité sociale. Tous, pour complaire à des agences de notation, prétendent faire payer aux salariés ce qu’a coûté au pays le saccage perpétré par les banques. Lesquelles continuent de se repaître, préservées de toute obligation de se montrer « courageuses » et solidaires des générations à venir.

Ce n’est pas « la rue » qui s’ébranle, c’est le peuple français qui remonte en scène. Aucune légitimité des gouvernants ne saurait être opposée à sa protestation. L’Assemblée nationale a été élue dans la foulée d’une campagne présidentielle au cours de laquelle M. Sarkozy a dissimulé ses intentions relatives à une réforme des pensions, présentée après coup comme le « marqueur » de son quinquennat. « Le droit à la retraite à 60 ans doit demeurer », proclamait-il quatre mois avant d’être élu. Un an plus tard, évoquant l’éventuel report de ce droit, le nouveau président de la République insista : « Je ne le ferai pas (…). Ce n’est pas un engagement que j’ai pris devant les Français. Je n’ai donc pas de mandat pour faire cela. Et ça compte, vous savez, pour moi. » Déjà gouvernés par un traité constitutionnel européen qu’ils ont rejeté massivement par référendum et que les élus de droite (épaulés par quelques socialistes) ont alors imposé par voie parlementaire, les Français manifestent également contre l’autoritarisme méprisant du pouvoir.

Les jeunes ont compris ce qui les attend. A mesure que le capitalisme enchaîne les crises, il durcit sa logique. Pour qu’il tienne, la société doit craquer davantage : évaluations permanentes, concurrence entre les salariés, fatigue au travail (lire « “Métro, boulot, tombeau” »). La dernière mouture du rapport Attali recommande désormais le gel du salaire des fonctionnaires jusqu’en 2013, le transfert sur les malades d’une partie de la charge financière des affections de longue durée (cancer, diabète), le relèvement du taux de la TVA ; le tout bien sûr en conservant le « bouclier fiscal ». « Nous avons devant nous dix ans de rigueur », a promis avec gourmandise l’ancien conseiller spécial de François Mitterrand, qu’à coup sûr la rigueur épargnera.

Le 7 octobre dernier, un manifestant lycéen expliqua le sens de son combat : « Au début, on a la formation : c’est l’école. Après on travaille : c’est le plus dur. Et après, la retraite : la récompense. Si on nous enlève la récompense, qu’est-ce qui nous reste ? » Les libéraux ironisent sur ces jeunes étrangement soucieux de leur retraite. Ils ne mesurent pas qu’une telle angoisse vaut réquisitoire des politiques qu’ils ont conduites depuis trente ans, et qui débouchent sur cet avenir sans espoir. Les cortèges et les grèves constituent le meilleur moyen d’inverser un tel destin.

Serge Halimi.

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