RETRAITE/ ATTENTION LE GOUVERNEMENT POUSSE NOS JEUNES A LA GUERILLA POUR FAIRE BASCULER L’OPINION.

Pousser les jeunes à la guérilla pour faire basculer l’opinion

L’Assemblée générale des enseignants des Hauts-de-Seine, comme le maire de la ville, ont accusé la police d’attiser les tensions :

« L’objectif de cette manœuvre est clair : discréditer le mouvement social en provoquant les jeunes des quartiers populaires pour les pousser à l’affrontement afin d’obtenir des images de prétendue “guérilla urbaine” et retourner l’opinion publique très majoritairement opposée à la réforme des retraites. »

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Retraites : manifs lycéennes ou « scènes de guérilla urbaine » ?

Par Zineb Dryef | Rue89

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Retraite : la joint-venture des frères Sarkozy contre les régimes par répartition

Joint venture: une co-entreprise si l’on préfère.

Dans le tumulte actuel de la réforme des retraites, syndicats et opposition font à Nicolas Sarkozy d’innombrables reproches. Tout particulièrement celui de faire porter le poids de l’effort quasi exclusivement au monde du travail et presque pas au capital. Mais, dans le flot des griefs, il en est un qui est rarement adressé au chef de l’Etat: celui de vouloir déstabiliser le système de retraite par répartition – l’un des pivots du modèle social français –, et de faire le jeu du système individuel de retraite par capitalisation – l’un des ressorts du capitalisme anglo-saxon.

Pourtant, beaucoup de grands opérateurs privés intervenant dans le domaine de la protection sociale sont convaincus que la réforme, telle qu’elle se dessine, va conduire à l’asphyxie financière des grands régimes par répartition. Elle va donc être propice à l’éclosion de ces grands fonds de pension qui n’étaient pas encore parvenus à s’acclimater en France, à quelques rares exceptions près, comme Prefon, un fonds de capitalisation destiné à la fonction publique. Beaucoup de grands opérateurs privés, dont le groupe Malakoff Médéric, qui a pour délégué général un certain Guillaume… Sarkozy, le frère du chef de l’Etat.Il ne s’agit pas que d’une coïncidence. Mais bien plutôt d’une stratégie concertée… en famille! Guillaume Sarkozy a engagé son entreprise dans une politique visant à en faire un acteur majeur de la retraite complémentaire privée. Et il a trouvé des alliés autrement plus puissants que lui, en l’occurrence la Caisse des dépôts et consignations (CDC), le bras armé financier de l’Etat, et sa filiale la Caisse nationale de prévoyance (CNP).

Ensemble, tous ces partenaires vont créer, le 1er janvier prochain, une société commune qui rêve de rafler une bonne part du marché qui se profile. Cette société n’aurait jamais vu le jour sans l’appui de l’Elysée, ce qui montre bien le double jeu présidentiel.

L’histoire commence en 2006. A l’époque, Guillaume Sarkozy traverse une mauvaise passe. L’entreprise textile dont il était le PDG a piqué du nez, et il est éconduit de manière peu glorieuse des instances dirigeantes du Medef. De bonnes fées veillent pourtant sur lui. Il est parachuté à la tête du groupe Mederic, qui se rebaptisera quelque temps plus tard Malakoff Médéric. Il s’agit de l’un de ces organismes de retraite complémentaire financièrement très riches, qui se sont progressivement détachés de leur monde d’origine, celui du mouvement mutualiste et coopératif, pour muter à vive allure en de curieux ovnis financiers, contrôlés par personne: ni véritablement par leurs sociétaires ou cotisants, ni par les marchés financiers.

Pour Guillaume Sarkozy, c’est une aubaine. Le voilà soudainement délégué général d’un groupe financier peu connu du grand public mais financièrement puissant, et qui compte dans le microcosme du capitalisme parisien. C’est ainsi, au titre de la participation au capital que détient Médéric, que Guillaume Sarkozy fait son entrée en 2008 au conseil de surveillance du groupe Le Monde, conseil qu’il devrait quitter dans les semaines à venir après le bouclage du rachat du Monde.

C’est donc à cette époque que prend forme l’idée d’une association entre Médéric et la CDC, en vue de créer une «joint-venture», une co-entreprise si l’on préfère, dont l’ambition est de jouer un rôle majeur dans les années à venir sur le marché de la retraite complémentaire.

Pour Guillaume Sarkozy, il s’agit d’un coup formidable car c’est, à plus d’un titre, une alliance contre nature. La Caisse des dépôts est en effet le pilier auquel est adossé le système des retraites par répartition. C’est elle qui gère plusieurs caisses très importantes ainsi que le Fonds de réserve des retraites (FRR), que Lionel Jospin a créé et dont la droite n’a pas poursuivi la montée en puissance. La CDC joue donc là l’une de ses missions d’intérêt général majeures: assurer la solidité et la pérennité des régimes par répartition.

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événement

Ignacio Ramonet : « On voit s’exprimer, en ce moment, la légitimité sociale »

Face à la surdité et à l’arrogance du gouvernement, Ignacio Ramonet, président de l’association Mémoire des luttes, en appelle à la légitimité sociale et à celle de la démocratie participative.

Qu’exprime, selon vous, l’ampleur de la mobilisation pour la défense des retraites ?

Ignacio Ramonet. Peu à peu, chacun se rend compte que le projet gouvernemental va le toucher et qu’en un sens, cela va se payer en années de vie. Au-delà, il y a un malaise social plus global, qui n’a pas pu s’exprimer depuis le déclenchement de la crise, financière puis économique, en 2008. On observe également le refus d’un certain mode de gouvernement, fait d’arrogance, de superbe, de suffisance. Ce qu’on peut appeler « l’esprit du Fouquet’s », dont l’affaire Woerth est l’une des illustrations récentes. Le pouvoir s’obstine à nier l’implication d’un ministre dans une affaire qui le lie à des milliardaires, à des classes extrêmement favorisées. Cela suscite un vrai ras-le-bol dans la population. Et j’ai l’impression qu’au fil des journées de protestation, chaque citoyen prend conscience qu’il peut s’associer au mouvement. Ainsi, celui-ci prend de l’ampleur. Progressivement, 
il traduit l’ensemble des malaises de chacun.

Hier, Nicolas Sarkozy a estimé que le dossier des retraites était clos. Que faire face à une telle surdité ?

Ignacio Ramonet. Sur le plan de la légalité parlementaire, le délai est relativement court, puisqu’on estime que d’ici à mercredi ou jeudi, le Sénat finira par voter cette loi, qui reviendra alors à l’Assemblée. Et d’ici une dizaine de jours, du point de vue de cette légalité parlementaire, l’affaire sera close. Mais en démocratie, il y a aussi d’autres légitimités. On voit ainsi s’exprimer, en ce moment, la légitimité sociale, d’ailleurs reconnue par la Constitution au travers du droit de grève et du droit à la manifestation. Même si le pouvoir y reste sourd, cette légitimité est majoritaire dans le pays, comme le montrent tous les sondages. Il serait imprudent pour le gouvernement de s’obstiner à ne tenir compte que d’une seule légitimité et à ne pas reconnaître les autres, tout à fait légales en démocratie. Par ailleurs, nul n’ignore que le président de la République avait affirmé, dans son programme présidentiel, qu’il ne toucherait pas à la retraite à 60 ans. Il a rompu unilatéralement le contrat moral qu’il avait passé avec les Français. Par conséquent, on est en droit de se réclamer encore d’une autre légitimité, celle de la démocratie participative : puisque le président change son programme, il doit soumettre sa proposition aux électeurs. C’est pourquoi certains réclament, à mon avis à juste titre, un référendum.

Actuellement, d’autres mouvements se développent en Europe, contre les plans d’austérité. L’issue au bras de fer en France est-elle à rechercher du côté de mobilisations à l’échelle européenne ?

Ignacio Ramonet. Il y a des manifestations très importantes dans un grand nombre de pays, en Espagne, au Portugal, en Italie, en Roumanie… En Grèce, il y a eu six grèves générales. Donc, effectivement, il faudrait une journée européenne d’action. J’ajoute que certains des pays où les protestations sont les plus fortes sont gouvernés par la social-démocratie. Et donc, beaucoup de citoyens se demandent si la social-démocratie, quand elle est au pouvoir, n’en vient pas à accepter elle-même les consignes du Fonds monétaire international (FMI), lui-même dirigé par un social-démocrate. Il y a par conséquent une hypothèque, que les partis sociaux-démocrates doivent lever. À cet égard, on peut se réjouir qu’en France, le PS annonce que, s’il revient au pouvoir, il rétablira l’âge légal à 60 ans. Même s’il n’écarte pas la possibilité de faire une réforme du système des retraites.

En quel sens peut-on dire que la question des retraites est un enjeu de civilisation ?

Ignacio Ramonet. On a bâti des sociétés plus avancées, plus civilisées, dans la mesure où on a mis au point des systèmes de retraite permettant d’éliminer l’une des grandes terreurs de l’Occident, à savoir la détresse des vieillards. Aujourd’hui, c’est cela qui est menacé. Tout le monde sait que la question des retraites implique l’ensemble des familles, par conséquent la société, donc la civilisation. Il faut aussi souligner que, dans certains pays, l’une des mesures que prend la gauche, quand elle arrive au pouvoir, c’est précisément l’abaissement de l’âge de départ à la retraite. La Bolivie d’Evo Morales l’a ainsi fait passer de 65 à 58 ans ! Cela correspond à une aspiration profonde des populations.

Ignacio Ramonet a notamment publié 
le Krach parfait, éditions Galillée, 2009.

Entretien réalisé par Laurent Etre

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