Lettre ouverte à Nicolas Sarkozy, Président de la République lundi 23 août 2010 Les Français n’ont pas besoin de travailler plus longtemps, mais de travailler tous ! Le 7 septembre, gagnons un autre projet ! En grève partout où cela est possible, manifestons à Grenoble (*), 10h gare Sncf, à l’appel de toutes les organisations syndicales

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Lettre ouverte à Nicolas Sarkozy, Président de la République

lundi 23 août 2010

Les Français n’ont pas besoin de travailler plus longtemps, mais de travailler tous !

Monsieur le Président,

La multitude des tâches qui vous incombent vous laisse très peu de temps pour une réflexion approfondie et indépendante des groupes de pression toujours à l’œuvre dans les cercles du pouvoir. Aussi souhaitons-nous attirer votre attention sur quelques aspects essentiels des dossiers retraites et chômage.

Le problème du chômage est plus grave et plus urgent à traiter que celui des retraites

Des dizaines de personnalités qualifiées ont depuis longtemps attiré l’attention des décideurs politiques sur cette réalité.

Jean-Paul Fitoussi – président de l’OFCE, observatoire français des conjonctures économiques – déclarait dans Le Monde du 6 mars 2001 : « S’il n’est pas porté remède au chômage, le recul de l’âge de la retraite ne sert à rien. Cela revient à demander aux gens de travailler plus longtemps alors qu’ils manquent déjà de travail. Le vrai problème, c’est le chômage. »

En 2008, François Chérèque au nom de la CFDT avait jugé aberrant, tant que l’on est dans une situation de chômage massif, d’augmenter de 40 à 41 le nombre d’annuités.

Emmanuel Todd – anthropologue et démographe – écrivait le 23 mai 2010 dans un article intitulé « Le débat n’a aucun sens » : « Un économiste venu de Mars ne comprendrait pas que la planète France débatte de la manière d’augmenter la durée du travail dans l’avenir pour des personnes ayant déjà un certain âge, alors qu’on ne parvient pas à donner aujourd’hui du travail aux jeunes… Le gouvernement veut donner l’impression qu’il affronte la réalité, la vérité est qu’il fuit la réalité. »

Dans la pétition « Faire entendre les exigences citoyennes sur les retraites » signée par 60 000 personnes, on peut lire : « Il n’y a aucun sens à augmenter l’âge de la retraite alors que le chômage de masse sévit pour les jeunes… »

Les Français sont de plus en plus nombreux à partager cette analyse. Depuis que le débat est lancé sur votre projet de réforme des retraites, des centaines d’articles ont été publiés dans la presse écrite ou sur internet. Les internautes sont venus y ajouter leurs commentaires par milliers. De ces 5 mois d’expression citoyenne, 3 conclusions recueillent un large consensus :

· le problème à traiter prioritairement est celui du chômage. D’autant qu’une réduction massive du chômage résoudrait en grande partie le problème du financement des retraites et de la santé. Même le problème de l’insécurité en serait grandement amélioré, car comme le dit l’adage « L’oisiveté est la mère de tous les vices »

· repousser l’âge légal à 62 ans et celui du taux plein à 67 ans, ou augmenter le nombre d’annuités, ne génèrera pas d’emplois supplémentaires et n’augmentera donc ni le nombre de cotisants, ni les ressources des régimes

· une partie des personnes entre 60 et 62 ans aura été déplacée de la case retraite vers la case chômage. L’autre partie devra travailler 2 ans de plus, au détriment de l’embauche de centaines de milliers de jeunes à la recherche d’un emploi et au détriment des chômeurs de moins de 60 ans

L’honnêteté intellectuelle exigerait que des informations essentielles soient versées au débat

Les responsables politiques de la majorité qui s’expriment sur le dossier des retraites ne donnent jamais les informations essentielles exposées ci-après.

· depuis 40 ans la quantité de richesses produites annuellement a doublé. Même dans l’hypothèse où la croissance serait seulement de 1% en moyenne annuelle sur les 40 prochaines années, le PIB passerait de 2000 milliards d’euros en 2010 à 3000 milliards en 2050. Ces 1000 milliards de richesses supplémentaires donneront des marges de manoeuvre importantes pour le financement de la protection sociale. Illustration : aujourd’hui 10 salariés produisent un gâteau de 2000 g à partager avec 4 retraités. La part de chacune de ces 14 personnes est de 143 g (2000 : 14). Dans 40 ans, 10 salariés produiront un gâteau de 3000 g à partager avec 8 retraités. La part de chacune sera alors de 167 g (3000 : 18). La part de chaque actif et de chaque retraité aura augmenté.

· les 140 milliards d’euros d’exonérations sociales et fiscales constituent dès maintenant des marges de manœuvre importantes. Voir le détail de ces 140 milliards

· les dividendes versés aux actionnaires sont passés de 3,2% du PIB en 1982 à 8,5% en 2007. Cette augmentation de 100 milliards d’euros vous laisse d’autres marges de manœuvre. D’autant que cette explosion des profits distribués est à l’origine de la crise actuelle. En effet, elle s’est faite au détriment des salaires et seule une augmentation massive et continue de l’endettement des ménages et des états a permis de compenser le grave déficit de consommation et donc de croissance qui en auraient sinon résulté. Cet artifice dangereux n’était pas durable et a conduit l’économie mondiale dans le mur.

Vos contrevérités sur la réduction du temps de travail déshonorent la fonction présidentielle

Michel Rocard, dont vous louez souvent les compétences, a écrit en 1997 un livre consacré aux causes du chômage et aux solutions. Il écrivait en 4ème de couverture de ce livre « Les moyens d’en sortir » publié en 1997 » : « L’inexorable montée du chômage démontre l’inefficacité de toutes les techniques utilisées pour le combattre … On ne luttera efficacement contre le chômage massif que par la réduction massive du temps de travail. Toute la question est : comment faire ? ».

Vous répétez en toutes occasions que la réduction du temps de travail serait responsable du pouvoir d’achat en berne et que la France serait le pays où l’on travaille le moins. Ces affirmations sont en totale contradiction avec les chiffres publiés par l’INSEE et par Eurostat, ainsi que l’ont rappelé à plusieurs reprises des économistes comme Guillaume Duval ou Pierre-Alain Muet (1). Elles induisent chez de nombreux citoyens une appréciation globalement erronée à l’égard de l’impérieuse nécessité d’une répartition plus équitable du temps de travail. Ces contrevérités jettent en plus le discrédit sur les milliers de syndicalistes et représentants des employeurs qui, dans les entreprises, se sont investis dans ces négociations avec un grand sens de l’intérêt général. Il faut en effet rappeler qu’il n’y a jamais eu autant de négociations dans les entreprises que suite aux lois Aubry sur la RTT.

Vous multipliez les réformes qui aggravent le chômage

Dire qu’il faut travailler plus si l’on veut créer plus de richesses n’est pas contestable. A condition de donner la possibilité de travailler plus d’abord à ceux qui sont privés d’emploi ou en temps partiel subi. Or, depuis 2007 toutes vos réformes conduisent au contraire à une répartition encore plus inégalitaire du temps de travail.

Vous avez fini de démanteler les lois Aubry sur la réduction du temps de travail qui avaient permis la création de 400 000 emplois.

Vous encouragez le recours aux heures supplémentaires en les exonérant de cotisations sociales. Dans un article intitulé « Il n’y a jamais eu autant d’heures sup’ qu’aujourd-hui », Guillaume Duval – rédacteur en chef d’Alternatives Economiques – écrivait le 9 avril 2010 : « Ainsi 4 milliards d’euros d’argent public sont dépensés pour inciter salariés et entreprises à faire des heures supplémentaires au lieu d’embaucher des jeunes et des chômeurs … Ces millions d’heures supplémentaires représentent l’équivalent de 420 000 emplois à temps plein … Un scandale qu’il y aurait urgence à faire cesser. »

Vous avez supprimé toutes les règles qui encadraient le cumul emploi retraite. Depuis le 1er janvier 2009, tout salarié peut cumuler, sans limite de revenus, une retraite à taux plein et un salaire à temps complet ou partiel.

Enfin, cerise sur le gâteau, vous venez d’annoncer votre intention de repousser à 62 ans l’âge légal de la retraite et à 67 ans celui donnant droit à une retraite à taux plein.

Les responsables politiques qui multiplient ainsi les réformes manifestement antinomiques, dans une conjoncture donnée, avec une réduction du chômage, font subir aux millions de chômeurs et à leurs proches de graves préjudices. Certes, les dirigeants du MEDEF vous poussent très fortement, vous et les députés de votre majorité, à prendre toutes ces mesures. Mais le MEDEF a des circonstances atténuantes, puisque son unique raison d’être est de défendre les intérêts des dirigeants et des actionnaires des grandes entreprises.

Vous, vous n’avez aucune circonstance atténuante, car le Président de la République a le devoir d’agir dans le sens de l’intérêt général. Et en particulier de tout faire pour permettre à un maximum de jeunes d’accéder à un vrai emploi et à l’autonomie économique.

Avec le respect que nous portons à la fonction présidentielle, ….

le 23 août 2010,

André Martin et Jean-Luc Cassi ( ingénieurs – fondateurs du site http://www.retraites-enjeux-debats.org/) Christian Liard (délégué syndical CFDT)

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(1) Concernant les durées comparées du travail dans les différents pays, voir la tribune de Guillaume Duval dans Libération du 7 mai 2007 intitulée « Les Français ne sont pas des paresseux », sur http://www.liberation.fr/tribune/0101101351-les-francais-ne-sont-pas-des-paresseux . Et l’article de Pierre-Alain Muet – député PS de Lyon et ancien président du Conseil d’Analyse économique – dans Libération du 20 Mai 2009 intitulé « Idées fausses sur la durée du travail », sur http://pa-muet.com/pdf/presse/libe-20-05-09.pdf

Concernant la croissance comparée dans les différents pays européens, voir le tableau de l’INSEE « Taux de croissance du PIB par habitant en volume », sur http://www.insee.fr/fr/themes/tableau.asp?reg_id=98&ref_id=CMPnon08144

Concernant le pouvoir d’achat, la part des salaires dans le PIB a subi une baisse de l’ordre de 10 points dans l ‘ensemble des pays européens et l’essentiel de cette baisse est intervenue dans la période 1980 – 1990, soit près de 10 ans avant les lois Aubry sur la réduction du temps de travail. Comme on peut le voir sur le graphique « La part salariale en France et dans l’Union européenne », à la page 30 du livre « La France du travail – Données, analyses, débats » publié en septembre 2009 par l’IRES (Institut de recherches économiques et sociales). Ce livre est une source d’analyses et d’informations chiffrées extrêmement utile pour tous ceux qui s’intéressent à ces questions. Voir aussi page 136 le graphique « La durée hebdomadaire habituelle du travail », en France et dans d’autres pays européens.

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Le 7 septembre, gagnons un autre projet !

En grève partout où cela est possible, manifestons à Grenoble (*), 10h gare Sncf,

à l’appel de toutes les organisations syndicales

La journée du 24 juin a donné un caractère exceptionnel à la mobilisation unitaire pour un autre projet concernant le dossier des retraites. Deux millions de salariés ont manifesté leur opposition au projet de réforme injuste du gouvernement, refusant notamment le report brutal des âges légaux à 62 et 67 ans.

Ce projet de réforme, un des plus dur d’Europe, arrive dans une situation économique dégradée où le chômage est en hausse continue et touche plus fortement les jeunes et les seniors. Le report de deux ans va bloquer un million d’emplois, notamment pour les jeunes.

Le projet de réforme ne répond toujours pas à la légitime revendication de la prise en compte de la pénibilité du travail ouvrant droit à un départ anticipé à la retraite. Il aggraverait les inégalités entre les hommes et les femmes. Elles devraient du fait de carrière incomplète soit partir plus tard (67 ans) soit avec de plus petite pension.

Les solutions financières avancées ne permettent pas de pérenniser durablement le système et comble d’injustice fait porter les efforts à 85 % sur les salariés. Par contre les entreprises, les hauts revenus, les revenus du capital sont cinq fois moins mis à contribution que les salariés. Le financement durable des retraites nécessite une autre répartition des richesses produites.

Il s’agit plus d’un plan d’économie et d’austérité qui se limite à réduire ou différer les versements des retraités plutôt qu’une réforme visant à consolider le système de retraite par répartition. Une autre approche politique favorisant le plein emploi, la hausse

du pouvoir d’achat et la recherche de nouvelles ressources de financement (voir au verso) résoudrait en grande partie le problème du financement des retraites et permettrait une reprise de l’économie.

A l’heure où se révèlent les collusions entre le gouvernement et le monde des affaires, le président de la république accentue sa communication politique, particulièrement sur les problèmes sécuritaires, parce qu’il sait que son projet est largement rejeté. Au-delà de vouloir freiner la mobilisation, c’est surtout le signe d’une grande fébrilité du gouvernement face à l’opinion publique.

Pour la CGT, il n’y aura pas de trêve tant sur le dossier « retraite » que sur les autres revendications : salaires, emplois et services publics.

Dans la suite du succès du 24 juin, la CGT invite les salariés à décider d’appel à la grève pour la journée unitaire d’actions et de manifestations du 7 septembre, afin d’élargir la mobilisation, de débattre des alternatives aux propositions du gouvernement, de signer la pétition en ligne à disposition sur le site de la CGT (ww.cgt.fr).

Toutes les organisations syndicales appellent l’ensemble des salariés du privé et du public, les demandeurs d’emploi, les jeunes et les retraités à construire une rentrée offensive par une mobilisation d’ampleur et d’envergure. Elles réitèrent leur demande au gouvernement d’ouvrir un vrai débat prenant en compte leurs revendications et leurs propositions.

(*) BOURGOIN 10h parking Diederich – LA TOUR DU PIN 10h (lieu à définir)

ROUSSILLON (à définir) – VIENNE 14h30 Champ de Mars

De nouvelles ressources de financement pour les retraites.

Pour garantir durablement le financement des retraites, la CGT propose une réforme de leur financement.

Les principaux éléments de cette réforme seraient les suivants :

  1. mettre fin aux exonérations de cotisations patronales (32 milliards d’euros d’exonérations sociales)
  2. faire cotiser sur l’intéressement, la participation et l’épargne salariale qui font perdre plusieurs milliards d’euros tous les ans aux retraites (évalués à 10 milliards par la cour de comptes d’euros de manque à gagner en 2009)
  3. instituer une contribution sur les revenus financiers des entreprises, intérêts et dividendes

L’ensemble de ces mesures permettraient, en contribuant à un nouveau plein emploi et en apportant des ressources nouvelles, de dégager les 5 à 6 points de PIB nécessaires d’ici 2050 pour garantir de bonnes retraites.

  1. Instituer une modulation des cotisations employeurs à partir de deux facteurs :

a. la part des salaires dans les richesses produites : le taux de cotisation serait plus faible pour les entreprises dans lesquelles la part des salaires est élevée, par exemple dans le bâtiment et travaux publics ; à l’inverse, elle serait plus importante quand elle est faible comme dans la pétrochimie ou l’immobilier.

b. la politique d’emploi des entreprises : le taux de cotisation serait plus faible pour les entreprises qui créent des emplois, et plus fort pour celles qui ne cessent d’en détruire.

TOUS ENSEMBLE LE 7 SEPTEMBRE,

ON PEUT GAGNER !

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