A lire dans Marianne cette semaine: Le voyou de la République

A lire dans Marianne cette semaine: Le voyou de la République

Marianne2 | Vendredi 6 Août 2010 à 15:00 |
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Maurice Szafran – Marianne | Vendredi 6 Août 2010 à 16:01 |

Le Voyou de la République» : c’est ainsi que, en une de Marianne cette semaine, Nicolas Sarkozy est qualifié. Parce qu’en annonçant qu’il voulait instituer une nationalité française à deux vitesses, le président de la République a trahi sa fonction. En jouant avec des concepts dangereux par simple calcul politique, il se comporte en voyou. C’est ce qu’explique Maurice Szafran dans son édito, qu’il a voulu adresser à Simone Veil, comme une supplique.

Lettre ouverte à Simone Veil

Chère Simone, Si je me permets de vous interpeller d’un ton (presque) familier, c’est que nous nous connaissons depuis fort longtemps. Depuis ce jour de 1978, trente-deux ans déjà, où, les larmes aux yeux, vibrante d’émotion et de douleur, vous vous faisiez un devoir de répondre aux questions que le journaliste débutant que j’étais osait à peine formuler après cette interview dans l’Express de Louis Darquier de Pellepoix, ex-commissaire aux Affaire juives sous Vichy, ânonnant qu’« à Auschwitz, on n’avait gazé que des poux ». Le négationnisme cherchait à pénétrer la société française et, en quelques rappels, précédant l’historien Pierre Vidal-Naquet, vous aviez mis le holà. Comme vous avez toujours su le faire quand l’exigent l’histoire et la morale. Jeune magistrate, contre votre milieu professionnel et social, vous aviez pris la défense des militantes du FLN, humiliées, martyrisées dans nos prisons aux pires heures de la guerre d’Algérie. Pour ce courage, pour cette bravoure, elles vous admirent et vous aiment jusqu’à ce jour. Ministre du président Giscard d’Estaing, vous aviez su résister à la horde haineuse des députés conservateurs qui n’avaient pas hésité à vous nazifier parce que vous défendiez la loi sur l’interruption volontaire de grossesse, donc la cause des femmes. Il serait aisé de multiplier les exemples quand, au moment crucial, à l’instant où votre voix portait l’espoir, les idéaux des républicains et des démocrates, vous avez su dire non. Dans ces circonstances, vous n’étiez ni de droite ni de gauche, ni déportée, ni ministre, ni juive, ni femme ; vous étiez Simone Veil, l’honneur de notre Europe de l’après-Shoah. Cette Europe de nos espérances, et des vôtres, vous qui, dès la Libération, à peine sortie d’Auschwitz, estimiez essentielle la réconciliation franco-allemande. Vous étiez indomptable et d’une éclatante lucidité. Or, depuis le récent discours de Nicolas Sarkozy exigeant une remise en cause de notre droit de la nationalité pour instaurer deux catégories de Français, pour ruiner le principe d’égalité devant la loi, pour élaborer un monstre juridique et éthique (la nationalité conditionnelle de Français d’origine étrangère), vous demeurez silencieuse alors que des millions de Français – et nous en sommes – guettent un mot de vous, une parole qui, nous le savons tous, interdirait sans doute au chef de l’Etat d’aller plus avant dans son projet, non pas seulement démagogique, mais crapuleux au sens littéral du mot. Nous savons l’amitié personnelle que vous portez à Nicolas Sarkozy. Nous avons compris qu’en raison de ce lien vous répugnez à le mettre en difficulté, et nous pouvons l’entendre. Mais dans le contexte présent ? Quand vos convictions les plus précieuses sont à l’évidence bafouées ? Quand le président de la République manie avec cynisme les arguties de l’extrême droite des années 30 ? Comment persister dans ce mutisme si troublant ? Vous avez parfois reproché à Marianne ce que vous appeliez notre « antisarkozysme primaire ». Je me permettais alors de vous faire remarquer que jamais nous ne nous étions prêtés au jeu détestable de la « fascisation », que nous ne doutions pas des penchants démocratiques de Nicolas Sarkozy, que nous lui reconnaissions un talent rare, que nous pouvions approuver certains aspects de sa démarche sécuritaire. Je me souviens aussi vous avoir téléphoné pour vous faire part de mon désarroi quand le candidat avait annoncé la création d’un ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale. Ce « couplage » me semblait indigne, déjà, car le message délivré aux citoyens « de souche » ne laissait pas place au moindre doute : si notre identité nationale est défaillante, mal en point, c’est, d’abord et avant tout, la faute aux immigrés. J’avais compris ce jour-là que, pour conquérir le pouvoir et, demain, pour s’y maintenir, Nicolas Sarkozy était capable de bassesses politiques et morales. J’avais toutefois l’espoir qu’une intervention ferme de votre part le ferait renoncer à cette ignominie. Je savais, bien sûr, que cette « nouveauté » vous retournait l’âme et l’esprit. Et je puis confirmer à nos lecteurs que le président a su votre réprobation. Il n’en a pas tenu compte, mais au moins avez-vous défendu, comme à l’accoutumée, les principes cardinaux de notre vivre ensemble. Voilà quelques-unes des raisons, chère Simone, pour lesquelles vous ne pouvez pas, dans un moment politique aussi essentiel, nous abandonner. Nous éprouvons le besoin pressant d’entendre, de votre voix, une censure sans détour : oui, Nicolas Sarkozy renie nos engagements les plus élémentaires. Il vous est interdit de vous résigner à ce que le président de la République, votre ami, s’égare à ce point, qu’il joue, par calcul électoral, avec des idées, des concepts, des méthodes mortifères qui auraient provoqué la rage de tant de vos camarades disparus. Si nous avons osé ce titre, « Le voyou de la République », c’est que nous sommes convaincus que Nicolas Sarkozy ne croit pas à ses récentes propositions. Il s’y est résolu, persuadé que c’est un passage obligé pour remporter l’élection présidentielle de 2012. La victoire à tout prix, qu’elles qu’en soient les conséquences. C’est ainsi, chère Simone, que raisonnent les caïds des cités.

Retrouvez l’éditorial de Maurice Szafran ainsi que l’interview intégrale de Michel Rocard dans Marianne de cette semaine en vente à partir de demain, samedi 31 juillet, et jusqu’au 6 août inclus au prix de 2,50 euros. Vous pouvez également acheter la version numérique sur le site Relay (Mac et PC) et celui du Kiosque.fr (PC, Mac et Linux) dès aujourd’hui.
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Rassemblement le 4 septembre pour la République

Mobilisation contre les atteintes aux principes républicains, décident trente organisations.

Le projet, sans aucune base légale, de déchoir certains Français de leur nationalité acquise par naturalisation, la stigmatisation des Roms et autres gens du voyage, l’amalgame entre criminalité et présence d’étrangers : les propos et les annonces faites par Nicolas Sarkozy coup sur coup à la fin de la semaine dernière sont d’une telle gravité que tous les citoyens attachés aux principes de la République doivent lui apporter une réponse éclatante, lui opposer un rejet sans appel.

Le mouvement est enclenché. Trente organisations politiques, syndicales, associatives se sont engagées à mener un débat national en plein été, à récolter des centaines de milliers de signatures sur une pétition citoyenne et à organiser un grand rassemblement sur un lieu symbolique, la place de la République, et à une date qui ne l’est pas moins, le 4 septembre, jour anniversaire du rétablissement de la République après l’effondrement du Second Empire, celui de Napoléon III, dit le Petit.

L’initiative de convoquer, dès lundi, une réunion d’urgence revenait à la Ligue des droits de l’homme. Son président, Jean-Pierre Dubois, déclarait le matin même dans les colonnes de l’Humanité que « nous sommes en présence d’un bond qualitatif sur le chemin de l’extrême droite ». « Nous ne pouvons laisser passer une telle remise en cause des valeurs républicaines. Cela concerne donc tous les républicains. »

C’est donc un front très large que les participants à cette première réunion ont voulu construire. Autour de la table, au siège de la LDH, étaient représentés notamment le PCF, le NPA, les Alternatifs, les syndicats Solidaires, le Syndicat de la magistrature, des avocats de France… Le PS avait envoyé un mail de soutien, la CGT et la FSU avaient envoyé des messages. Mais, au total, trente organisations se retrouveront dans cette iniative de sursaut républicain.

Représentant du Parti communiste, Éric Corbeaux estime que la marche vers l’extrême droite engagée par Nicolas Sarkozy n’est pas qu’une opération de séduction vers les franges les plus réactionnaires de l’électorat de droite, elle n’est pas qu’un nouvel avatar d’une tactique électorale pour éviter la Berezina en 2012. Face à une opinion qui ne lui fait plus confiance, plombé par l’affaire Woerth-Béttencourt, Nicolas Sarkozy cherche à se donner les moyens de réaliser ses réformes libérales, l’austérité, de faire aboutir sa réforme qui met fin à la retraite à 60 ans. Il cherche à se dégager un peu d’espace face à une opinion publique en colère et des salariés unis et mobilisés. Les arrestations de jeunes communistes collant des affiches, la désignation des Roms et de tous les gens du voyage à la vindicte populaire sur l’air éculé du voleur de poules, la brutalité policière contre des femmes et des enfants à La Courneuve, tout cela vise à créer un climat inquiétant dont on voit que l’enjeu n’est pas la sécurité des citoyens et la tranquillité dans les quartiers populaires.

La rentrée politique et sociale va être lancée sur les chapeaux de roue : rassemblement place le la République le 4 septembre, journée de grèves et de manifestations pour les retraites le 7 et début de la bataille parlementaire le 8… La trêve de l’été aura donc été de courte durée.

Jean-Paul Piérot

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Sécurité : 49 organisations appellent à manifester le 4 septembre

Associations, syndicats et partis politiques appellent à un « grand rassemblement à l’occasion du 140e anniversaire de la République » pour dénoncer la politique de sécurité du gouvernement.Près de 49 organisations associatives, syndicales et politiques appellent à participer à un « rassemblement citoyen » le samedi 4 septembre à Paris et « partout en France », pour protester contre la politique de sécurité du gouvernement, ont-elles annoncé mercredi 4 août.

« Nous appelons l’ensemble des citoyens de ce pays à manifester publiquement leur opposition aux stratégies de stigmatisation et de discrimination et aux logiques de ‘guerre’ qui menacent le vivre ensemble », écrivent les signataires dans un communiqué commun.

Pétition

Ils appellent à un « grand rassemblement citoyen à l’occasion du 140e anniversaire de la République », le 4 septembre, « pour dire ensemble notre attachement à la liberté, à l’égalité et à la fraternité qui sont et qui resteront notre bien commun ».

Les signataires, dénonçant « la xénophobie et la politique du pilori » annoncent également la mise en ligne dans « les prochains jours » d’une pétition « refusant toute politique de la peur ou de la haine ».

« Une avalanche de discours et d’annonces provocatrices s’est abattue depuis plusieurs jours sur notre pays. Jusqu’au plus haut niveau de l’Etat, on entend des propos qui étaient jusqu’à présent l’apanage de l’extrême droite », écrivent les organisations.

Stigmatisation des communautés

« Le président de la République, lui-même, montre du doigt des communautés et des groupes sociaux entiers, stigmatise les Roms, les gens du voyage, les étrangers, les Français qui ne sont pas ‘de souche’, les parents d’enfants délinquants », ajoutent-ils. « Ce faisant, il ne lutte en rien contre la délinquance, qui est répréhensible pour tout individu sans distinction de nationalité ou d’origine ».

Parmi les signataires figurent la Ligue des droits de l’Homme (LDH), ATTAC, la Cimade, le Cran, le MRAP, Droit au Logement (DAL), Emmaüs France, la CFDT et la CGT, le NPA, le PCF, le Parti de Gauche, le PS, les Verts, le Syndicat de la Magistrature (SM) et le Syndicat des Avocats de France (SAF).

(Nouvelobs.com)

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Un commentaire

  1. Appel Citoyen
    Face à la xénophobie et à la politique du pilori : liberté, égalité, fraternité

    Signez l’appel en ligne !

    Les plus hautes autorités de l’Etat ont fait le choix de jeter à la vindicte publique des catégories entières de population : Gens du voyage accusés comme les étrangers d’être des fauteurs de troubles, Français d’origine étrangère sur lesquels pèserait la menace d’être déchus de leur nationalité, parents d’enfants délinquants, etc. Voici que le président de la République accrédite aussi les vieux mensonges d’une immigration coûteuse et assimilée à la délinquance, et offre ainsi à la stigmatisation des millions de personnes en raison de leur origine ou de leur situation sociale.

    Ce qui est à l’œuvre dans cette démarche ne s’inscrit pas dans le débat légitime, dans une démocratie, sur la manière d’assurer la sûreté républicaine. Le nécessaire respect de l’ordre public n’a pas à être utilisé pour créer des distinctions entre les habitants de ce pays et désigner des boucs émissaires. Ni pour instituer des peines de prison automatiques, contraires aux principes fondamentaux du droit pénal, à l’indépendance de la justice et à l’individualisation des peines.

    La Constitution de la France, République laïque, démocratique et sociale, assure « l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion ».

    Nul, pas plus les élus de la nation que quiconque, n’a le droit de fouler au pied la Constitution et les principes les plus fondamentaux de la République.

    Notre conscience nous interdit de nous taire et de laisser faire ce qui conduit à mettre en péril la paix civile.

    Nous appelons à une manifestation le samedi 4 septembre 2010, place de la République à Paris, à 14h00, et partout en France, afin de fêter le 140e anniversaire d’une République que nous voulons plus que jamais, libre, égale et fraternelle.

    Pour signer la pétition cliques sur ce lien:

    http://nonalapolitiquedupilori.org/


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