GREVE DES TRAVAILLEURS SANS PAPIERS: A L’OPERA BASTILE Le piquet des piquets tient toujours!

Jeudi 3 juin, à 7h30, la police a entrepris d’évacuer les marches de l’Opéra Bastille.

Depuis le 27 mai, à la fin de la manifestation sur les retraites, à laquelle ils ont participé, des centaines de travailleurs sans-papiers, grévistes, prenaient la Bastille et organisaient le « piquet des piquets ».

L’objectif était clairement énoncé par les initiateurs de cette occupation d’un lieu symbolique, la Bastille ! C’était d’exiger que les différents ministères se mettent enfin autour de la table pour rédiger les critères clairs, s’imposant à toutes les préfectures, des critères valables pour les différents cas de travailleurs et travailleuses sans-papiers.

Des patrons et des organisations patronales, des intellectuels, ont exprimé publiquement et à plusieurs reprises leur soutien à cette exigence, le ministère du travail, à travers des responsables de haut niveau, ont également dit qu’ils étaient d’accord. Le blocage venait du ministère de l’immigration, de Besson. Des réunions entre les syndicats du groupe des Onze et les ministères du travail et celui de l’immigration se sont pourtant tenues, mais Besson voulait encore « faire le bilan » de l’application de sa circulaire de novembre avec les préfets. Or c’est précisément cette circulaire qui induit l’arbitraire préfectorale et c’est contre cela que le mouvement de grève est parti il y a huit mois déjà. Manœuvre dilatoire qui traduit aussi de fortes réticences dans certaines préfectures, notamment celle de Paris dont les responsables veulent s’en tenir à la circulaire de novembre.

C’est donc pour sortir de ces atermoiements que l’occupation des marches de la Bastille avait été organisée. Et cela avait commencé à faire son effet, puisque des discussions se sont engagées entre les syndicats membres des Onze et les ministères.

Le sommet de la françafrique qui se tenait à Nice avait donné lieu à quelques déclarations de chefs d’Etat africains qui se sont « émus » de la façon dont les ressortissants de leur pays étaient traités en France. Sarkozy ne voulait pas que le mouvement de grève des travailleurs sans-papiers vienne s’inviter dans les discussions de ce sommet où des patrons français ont beaucoup discuté avec des patrons africains de « opportunités » que représentent les marchés africains, tandis que Parisot se répandait en considérations sur l’éthique qui doit accompagner les affaires africaines du patronat français.

Les marches de l’Opéra Bastille est devenu un lieu de rendez vous social, syndical et politique, en plein cœur de Paris. Chaque jour, des responsables politiques, des associations… venaient apporter leur soutien, tandis que les grévistes et les soutiens organisaient l’occupation, le ravitaillement… Au début, la police a essayé d’empêcher les grosses marmites de nourriture d’arriver aux grévistes. Bousculades, gaz lacrymogènes, mais la fermeté des grévistes, leur organisation ont, à chaque fois, permis d’apporter la nourriture, un élément indispensable pour « tenir » et rester nombreux sur place. Les premières nuits ont été dures, du fait de la pluie, mais la détermination était forte : « détermination et sérénité » avons-nous dit dans notre chronique des marches de l’Opéra Bastille. Et ceux qui venaient pour essayer de saper le moral des grévistes et des occupants, en mettant en avant la « faiblesse de la mobilisation » en soutien au mouvement, mais qui n’en apportaient aucun ! se sont cassés les dents sur cette détermination.

La première de la Walkyrie aurait pu être un prétexte à évacuer les marches. Elle a eu lieu et les marches étaient toujours occupées. Les spectateurs devaient certainement être gênés par le déploiement policier et par ces centaines de travailleurs sans-papiers, venant d’Afrique, de Chine… qui s’organisaient pour durer.

Le mercredi 2 juin, une réunion avait eu lieu au ministère du travail. Rien ne laissait présager que le lendemain, le jeudi 3 juin, la police et les gendarmes mobiles allaient intervenir, à 7h30. Ils sont passés par l’Opéra pour prendre les occupants à partir du sommet des marches. Cela a été violent, le gaz lacrymogène a été massivement utilisé par les policiers qui ont arrêtés 43 travailleurs sans-papiers, qu’ils ont amenés dans plusieurs commissariats.

Mais contrairement à ce que disent plusieurs médias, les travailleurs sans-papiers et les soutiens n’ont pas quitté la Bastille : ils sont restés sur place, au bas des marches. Les appels à venir soutenir qu’ils ont lancé immédiatement, ont été entendus ; très vite, la place était noire de monde.

En fin de compte, les policiers et les gendarmes venus en grand nombre, avec des moyens importants, se sont postés au pied des marches et ont veillé sur un tas de couvertures, de matelas, de cartons… qu’ils ont entassés !

Curieuse évacuation qui se solde par le maintien du piquet et la présence plus importante encore de travailleurs et de travailleuses sans-papiers, de soutiens, de responsables et d’élus. Les multiples pressions ont fini par libérer les 43 arrêtés et à chaque arrivée d’un groupe de « libérés », c’était une ovation, des slogans…

D’autre part, un responsable du ministère de l’immigration, intervenant sur France Info, a précisé que les négociations allaient continuer et s’approfondir !

Dans un communiqué, la préfecture de police de Paris met en avant le « trouble » à la circulation provoquée par l’occupation des marches et ajoute que ces travailleurs sans-papiers « n’avaient pas déposé de dossier » !? Visiblement, les responsables de la préfecture n’ont pas compris ou, plus sûrement, ne veulent pas comprendre le sens de cette occupation.

Toujours est-il que les soutiens se sont multipliés et si la sono n’était pas disponible, la colère et la conviction ont fait que les mots de solidarité ont porté.

L’occupation s’est donc poursuivie ; des centaines de travailleurs et travailleuses sans-papiers ont passé la nuit, dormant sur des cartons, des matelas, jusqu’à 6h du matin. En quelques minutes, tout le monde était debout, la place nettoyée et le petit déjeuner était servi.

Plusieurs camarades et des amis du parti ont passé la journée et la nuit sur place, alors que d’autres étaient sur un piquet de grève de banlieue.

Il faut continuer à assurer une présence sur place, faire venir du monde, apporter de la nourriture, animer les discussions…

La lutte, l’occupation du piquet des piquets continuent

Paris, 4 juin 2010

PCOF 38
PCOF

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Modifications du billet, effectuées le lundi 7 juin 2010 , pour raisons d’actualités.

Voir notre billet sur les travailleurs sans papiers:

LA LUTTE DES TRAVAILLEURS SANS PAPIERS ÇA CONTINUE!

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Un commentaire

  1. Entre la lutte des personnes dit « des sans papiers », la lutte pour la régularisation de tous les sans papiers, la lutte de tous ceux qui aident des migrants et réfugiés pour qu’ils puissent vivre dans la dignité …il n’y a qu’un pas à franchire: cellui de l’exclusion!

    Depuis que le monde est monde, les mouvements de, personnes, de population exixstent pour des raisons multiples. Si l’on veut y réfléchir ce n’est pas sur les raisons qu’il faut se pencher, mais sur les CAUSES.

    Personne ne peut empêcher ses mouvements. Ce serait comme interdire à un habitant du Pas de Calais ou de Bretagne d’aller en Isère pour travailler, parcequ’il n’a plus de travail  » chez lui »!

    6 personnes risquent d’être condamner lourdement, parcqu’elles ont mis en application leur « humanité » envers des réfugiés, à de lourdes sanctions.

    Communiqué du MRAP:

    Solidarité avec les « 6 de Pau »
    délit d’outrage = délit de solidarité
    Non à la directive et aux politiques « de la honte » contre les migrants et les réfugiés

    Le MRAP s’élève contre la décision du représentant du gouvernement à Pau d’avoir lancé des poursuites pénales pour délit d’« outrage à personne chargée d’une mission de service public » à l’encontre de six citoyens « délinquants de la solidarité » pour avoir soutenu la famille Kuka, mise en rétention – enfants comme parents – au CRA d’Hendaye, puis libérée grâce aux mobilisations.

    Tout au long de l’année 2009, le ministre Eric Besson n’a cessé d’affirmer que le « délit de solidarité » n’existait pas. Il a néanmoins décidé d’introduire dans son nouveau projet de loi sur l’immigration, l’intégration, et la nationalité (qui viendra en débat au Parlement après les vacances d’été), des mesures visant à protéger de poursuites les intervenants à titre humanitaire. Si le MRAP peut s’en féliciter pour les intéressés, il n’en dénonce pas moins vigoureusement le fait que les citoyens ordinaires – membres ou non d’associations – continueront à risquer d’encourir des poursuites pour délit de solidarité.

    Les « 6 de Pau » sont donc poursuivis pour « outrage » pour avoir condamné, auprès du représentant de l’État, la mise en rétention de la famille Kuka.

    Le délit d’outrage, en l’espèce, n’est que l’autre face du délit de solidarité contre lequel se sont mobilisées tout au long de l’année 2009 les associations du collectif des « Délinquants Solidaires ».

    Le MRAP soutient les six citoyens solidaires et réaffirme son engagement aux côtés des migrants et réfugiés et pour la régularisation de tous les sans papiers.

    Paris, le 07 juin 2010.

    Voir, sur le site du Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples (MRAP), l’article intitulé:
    Solidarité avec les « 6 de Pau » – Délit d’outrage = délit de solidarité – Non à la directive et aux politiques « de la honte » contre les migrants et les réfugiés
    sur le lien
    http://www.mrap.fr/communiques/document.2010-06-07.3112953001/view


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