« Des négos ou boum » : les menaces de salariés paient Par Soline Ledésert | Rue89 | 02/04/2010 | 06H44

Quelques dizaines de salariés de l'équipementier automobile Sodimatex sont retranchés depuis jeudi dans l'usine de Crépy-en-Valois, dans l'Oise.

Quelques dizaines de salariés de l’équipementier automobile Sodimatex sont retranchés depuis jeudi dans l’usine de Crépy-en-Valois, dans l’Oise. Ils menacent de faire sauter une citerne de gaz située à l’intérieur de l’usine, que le propriétaire entend fermer. Des négociations sont prévues aujourd’hui avec le préfet. Un début de négociation s’est engagé dans la soirée de jeudi.

En juillet 2009, la menace d’action violente, lancée par les salariés de JLG à Tonneins (Lot-et-Garonne), avait permis à ces derniers d’obtenir « gain de cause ». Les salariés de Nortel venaient de déposer les bonbonnes et ceux de New Fabris ont mis bas les bouteilles de gaz. Nous avions alors publié cet article revenant sur ces méthodes d’actions radicales.

(De nos archives) Cette série de chantages bouscule la manière traditionnelle de négocier. Est-il aujourd’hui nécessaire de convier les médias à un feu d’artifice annoncé pour initier un dialogue avec ses patrons ? La menace de passer à des actions chocs a-t-elle remplacé le coup de fil à l’administration ou la lettre aux élus locaux ?

Retour sur les menaces, les passages à l’acte et les suites de quelques coups d’éclat des dernières années.

Cellatex. De l’acide dans la Meuse et 12 000 euros d’indemnités

Eté 2000. Les 160 salariés de l’usine Cellatex, société de filature de viscose à Givet (Ardennes), apprennent que leur entreprise est en liquidation judiciaire. Leur dernier patron en poste était autrichien et avait disparu de la scène un an auparavant.

  • Menace. L’utilisation du stock de 46 tonnes de sulfure de carbone, 56 000 litres d’acide sulfurique et 90 tonnes de soude forte qui sont entreposés dans l’usine, accompagnée du slogan « Jusqu’au boum boum boum ».
  • Passage à l’acte. 5 000 litres d’acide déversés dans la Meuse.
  • Les suites. Un protocole de sortie de conflit et des indemnités de licenciement de près de 12 000 euros par salarié, à l’été 2000.

2

Moulinex. « Du fric ou boum »

Novembre 2001. L’usine de Moulinex de Cormelles Le Royal (Basse-Normandie) ferme, les salariés contestent le plan de licenciement massif.

  • Menace. L’explosion de tonneaux remplis de substances inflammables déposés autour de l’usine, accompagnée du slogan « Du fric ou boum ».
  • Passage à l’acte. Un bâtiment incendié et la séquestration de Michel Bove, le délégué interministériel chargé de Moulinex.
  • Les suites. Une augmentation des indemnités de licenciement et des primes additionnelles pour certaines salariés.

3

Metaleurop Nord. Un plan social et des documentaires

Janvier 2003. Les 830 employés de l’usine Metaleurop Nord de Noyelles-Godault (Pas-de-Calais) apprennent au journal télévisé qu’ils sont licenciés sans préavis, suite au redressement judiciaire de la fonderie de plomb et de zinc dans laquelle ils travaillent.

  • Menace. L’utilisation du chlore, du nitrate et d’autres acides stockés dans la fonderie.
  • Passage à l’acte. Des pains de sodium sont déversés dans le canal de la Deûle.
  • Les suites.. Un plan social financé par les pouvoirs publics, des indemnités de licenciem
    ent, le reclassement des salariés et un florilège de films et documentaires.

4

Lenoir et Mernier. Les prud’hommes interviennent

Mars 2008 : les 132 salariés du fabricant de boulons Lenoir et Mernier, à Bogny-sur-Meuse (Ardennes), sont licenciés suite à la fermeture du sidérurgiste, qui fut vendu puis racheté, pour finir par faire faillite.

  • Menace. Le déversement du stock de centaines de litres d’acide chlorhydrique dans la Meuse et une petite cuve symbolique posée au-dessus d’une bouche d’égoût.
  • Passage à l’acte. Incendie de la maison-mère et d’un quart d’une des usines.
  • Les suites. La requalification par le conseil des prud’hommes de Charleville-Mézières, en mai 2009, des licenciements économiques en « licenciements sans cause réelle et sérieuse », et un droit à des indemnités entre 1 500 et 43 000 euros pour les anciens salariés.

5

Continental. 50 000 euros au lieu de 20 000 euros

Avril 2009 : après le rejet par la justice de leur demande de suspension de la procédure de fermeture du site de Continental à Clairoix (Oise), les salariés du fabricant de pneus expriment leur colère.

  • Menace. « Déjà, dès le premier jour, ils voulaient tout exploser et (mettre) le feu à l’usine », avait annoncé Xavier Mathieu, délégué CGT, en parlant des salariés.
  • Passage à l’acte. Le ravage de la sous-prefecture de Compiègne par des salariés de Continental, le 21 avril.
  • Les suites. Indemnités de départ de 50 000 euros pour chacun des 1 120 salariés licenciés, au lieu des 20 000 euros initialement prévus.

Photo : un salarié de Continental lors d’une manifestation devant la Bourse, à Paris (Charles Platiau/Reuters)

Article initialement publié le 16 juillet 2009.

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