Sauver les retraites? Taxer les revenus financiers! 15 Février 2010 Par Marc Lefrere

Et voilà qu’on en reparle, de cette fameuse réforme des retraites!

Et pendant tout le prétendu débat qui va se dérouler, on va nous expliquer doctement trois choses :

1) L’Etat n’ayant plus d’argent, il est nécessaire de réformer les retraites.

2) La cause de ce manque d’argent vient du deséquilibre démographique entre les actifs et les retraités.

3) Nous ne disposons que de trois leviers pour résoudre le problème.

Nous ne discuterons pas du premier point : c’est un fait, le régime des retraites a besoin d’argent.

Mais le second point mérite déjà d’être examiné de près.

En effet, ce qui compte, économiquement, n’est pas tant le rapport entre le nombre d’actifs et le nombre de retraités que le rapport entre la richesse produite par les premiers et la richesse nécessaire aux seconds. Or si le nombre d’actifs a baissé, leur rendement n’a cessé de croitre : ils produisent sans cesse plus de richesses. De sorte qu’aujourd’hui il faut moins de monde pour produire autant de richesses qu’autrefois.

La seule comparaison du nombre de personnes entre aujourd’hui et autrefois est donc totalement stupide.

Oui mais alors, me direz-vous, pourquoi y a-t-il un problème?

La réponse est simple : parce que l’augmentation du rendement n’a pas profité au financement du régime des retraites.

Cette richesse produite est partie ailleurs.

Venons en désormais au troisième point :

De toute façon, pour sauver le régime des retraites, dit-on, il n’y a que trois éventualités :

– soit on augmente le temps de cotisation

– soit on augmente le montant des cotisations

– soit on diminue le montant des retraites.

De fait, puisque le rendement dans la production de richesses a augmenté, il aurait été logique d’attendre que le montant des cotisations fut lui-même augmenté.Pourtant, ce n’est pas le cas, loin de là. Pourquoi?

Parce que l’augmentation de la productivité n’a pas profité aux salaires : ceux-ci sont restés fort bas, et, par conséquence, les cotisations aussi.

Alors, évidemment, on va expliquer que l’on ne peut pas decemment augmenter ces cotisations sur de tels salaires. Et on va également faire valoir que l’on ne peut pas diminuer le montant des retraites – ce qui est tout aussi vrai.

Tout est donc déjà joué : on va augmenter la durée de cotisation, c’est-à-dire la durée du travail.

Soit dit en passant, comme le chomage sévit, en augmentant la durée de travail nécessaire, moins nombreux seront ceux qui auront finalement cotisé assez pour avoir une retraite à taux plein: l’augmentation de la durée du travail reviendra alors à une diminution des pensions.

Mais chut : il ne faut pas que cette diminution se voit trop pour le moment. Il y aurait une contradiction dans le discours dominant, ce serait ennuyeux!

Oh, bien sûr, pour commencer, on va augmenter la durée de cotisation des fonctionnaires pour satisfaire le ressentiment habilement suscité des travailleurs du secteur privé (divide et impera, disait-on à Rome). Et, ensuite, évidemment, comme après les précédentes réformes, on s’étonnera et on viendra nous expliquer que cela ne suffit pas.

Il est naturel que cela ne suffise pas puisque les cotisations sont en fonction des salaires et que le nombre de travailleurs et le montant des salaires stagnent.

Enfin, on aura gagné du temps.

Mais qui est ce « on »? Tous ceux qui ont intérêt à garder sous silence la 4ième éventualité :

diversifier les sources de cotisations, en faisant participer à hauteur normal tous les revenus du capital.

Parce que figurez-vous que pour le moment seuls les revenus du travail sont véritablement taxés.

Or souvenez-vous : le rendement a augmenté, mais ni les salaires ni les cotisations. Pourquoi? Eh bien, comme on le sait désormais, une large part de la richesse produite, au lieu de passer dans ces salaires, passe dans les divers revenus « de placement » : on voit là où se trouve l’argent manquant.

Mais un tel raisonnement nécessite une petite réflexion.

Il est donc à craindre que, mis à part quelques exceptions, nul économiste réputé et médiatique n’en ait jamais l’idée, et surtout qu’aucun politique n’ose jamais en tirer les conséquences. Il faudrait pour cela qu’ils aient vraiment du courage, et qu’ils s’opposent aux puissances de l’argent.

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