L’AFFAIRE DES SONDAGES DE L’ELYSEE.OPINION WAY CONTRE MARIANNE: ça se passe comme ça au tribunal Marianne2.fr | Jeudi 4 Février 2010

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OpinionWay/vs/Marianne: ça se passe comme ça au tribunal

Marianne2.fr | Jeudi 4 Février 2010 à 11:01

Mardi 2 février, la XVII° Chambre du Tribunal de Grande instance de Paris entendait le plaignant OpinionWay contre Marianne au sujet de l’enquête sur les sondages de L’Elysée. Laquelle était dans la salle (bien obligé). Récit de l’audience.

Mardi 2 février, six journalistes de Marianne (Gérald Andrieu, Daniel Bernard, Philippe Cohen, Sylvain Lapoix, Régis Soubrouillard et Jessicas Thomas), ainsi que le directeur de la publication Maurice Szafran, comparaissaient devant la XVII° chambre du tribunal de grande instance de Paris. La partie civile était constituée par l’institut de sondage OpinionWay, auquel Marianne et Marianne2 avaient consacré une série d’articles après le rapport de la Cour des Comptes.

Tout avait débuté au comptoir du Café des deux palais où les prévenus avaient avalé un sandwich avec leurs avocats.

13h30. Il faut attendre les diverses mises au point de l’agenda judiciaire avant que ne commence le procès en tant que tel.

14h15. Ça y est. Le procès commence par l’examen d’une demande de nullité par les deux avocats de Marianne, Me Jean-Yves Dupeux et Me Florence Bourg concernant l’acte d’accusation contre Marianne papier. L’occasion de préciser que l’honorable institut de sondages OpinioWayn nous poursuit à la fois pour 9 articles publiés sur le site Marianne2 et pour deux articles parus dans l’hebdomadaire. La discussion est ardue pour un néophyte en droit. Disons que, en gros, la citation à comparaître ne reprend pas exactement les mêmes phrases incriminées au début de l’acte et dans le corps du texte. Du coup, l’accusé ne sait pas exactement sur quelles passages des articles il doit se défendre.
15h. Le débat technique tourne un peu en longueur et l’huissier éprouve quelques difficultés à repousser un irrépressible désir siestif…
15h30. Daniel Bernard a dû s’éclipser et Philippe Cohen se retrouve à la barre. Le Président du tribunal lui demande d’expliquer le pourquoi et le comment de cette enquête.
Celui-ci explique d’abord que la rédaction de Marianne a observé que les rapports de la Cour des Comptes, souvent très pertinents, ne faisaient du bruit que lors de leur publication puis que les médias « zappaient » généralement assez rapidement, passant à une autre actualité.
A l’occasion de la publication de ce rapport qui abordait, sous un jour au départ financier, la communication du pouvoir, Marianne a souhaité approfondir le sujet, car la communication de la Présidence est l’un des traits les plus marquants du quinquennat sarkozyste. D’où le nombre très important d’articles consacrés par le site Marianne2 à cette affaire, ce qui ne relevait pas d’un « acharnement », comme il est écrit dans la citation à comparaître, mais bien d’un souci journalistique légitime comme il s’agit de l’information sur le pouvoir en place.

Philippe Cohen a ensuite longuement expliqué pourquoi les articles consacrés au sujet comportaient peu de citations directes des personnes interrogées. Beaucoup de gens ont parlé aux journalistes de Marianne et Marianne2, mais les uns et les autres étaient contraints de le faire sous le sceau de l’anonymat : d’abord, des personnes dans l’entourage de l’Elysée, bien sûr, puisque le premier acteur concerné n’était autre qu’un conseiller du Président ; ensuite, les responsables des instituts de sondages puisque Patrick Buisson de Publifact était leur client ; enfin, des journalistes du Figaro qui, quoique consternés par les « unes » du quotidien et les sondages OpinionWay, comme l’avait déclaré un communiqué de leur société des rédacteurs, ne pouvaient défier leur direction en s’exprimant publiquement.

Me Mario Stasi, l’avocat de la partie civile, pose ensuite plusieurs questions : «  A votre avis, pourquoi êtes-vous ici ? » Drôle de question : c’était plutôt aux plaignants, c’est-à-dire à OpinionWay de l’expliquer. En principe, l’accusé, lui, est là pour se défendre et, en l’occurrence, pour défendre le droit de la presse à enquêter sur des sujets embarrants pour le pouvoir en place. Citant le titre d’un article mis en cause par son client (intitulé « Sondages de l’Elysée : le Tribunal remplace le Parlement »), Me Mario Stasi demande à Philippe Cohen s’il n’est pas gêné par le titre de cet article. Réponse : « Non. C’est un titre parfaitement factuel puisque la question des sondages de l’Elysée a été écartée du périmètre de la commission d’enquête que voulait créer le PS sur ce sujet. »

16h15. À la barre, le patron de l’institut OpinionWay, Hugues Cazenave, malgré les conclusions du rapport de la Cour des comptes sur les dépenses de l’Elysée en matière de sondages, soutient mordicus que les sondages publiés dans Le Figaro et ceux remis à la Présidence via le cabinet Publifact n’étaient pas les mêmes.  « Mais alors, la Cour des Comptes s’est trompée, c’est ce que vous nous dites ? » a malicieusement lancé le Président du tribunal.

Hugues Cazenave s’explique par ailleurs longuement sur la technique des questionnaires de sondage.
Il ne s’offusque pas d’être considéré comme un « sous-traitant technique » par le conseiller ès sondages de Nicolas Sarkozy, Patrick Buisson. « Nous avons deux sortes de clients », a-t-il expliqué en substance : « D‘une part, des personnes qui ne connaissent pas les techniques des sondages et nous jouons alors pleinement notre rôle de professionnels de l’opinion ; d’autre part, certains de nos clients sont des professionnels qui ont exercé dans des instituts ou bien, comme c’est le cas pour les agences de communication, connaissent bien notre métier. Vis-à-vis de ces derniers, je n’ai aucun complexe à dire que nous nous contentons en effet d’être des prestataires techniques. »  Et il reconnaît également, sans détour, avoir bradé parfois certaines enquêtes d’opinion pour offrir de la visibilité à son institut. Mais il n’a cité aucun client situé à droite.

17h15. La députée socialiste Delphine Batho, appelée à la barre comme témoin par Marianne, évoque les différentes tentatives, jusque-là infructueuses, du groupe socialiste pour obtenir une commission d’enquête parlementaire sur les sondages élyséens. Elle parle du rapport Jean Launay (consultable ici ) qui en révélait plus sur cette affaire. Elle fait part à la chambre de ses craintes sur ce que pourrait signifier pour la démocratie si, comme le laissait entendre la Cour des comptes, les enquêtes parues dans Le Figaro et celles commandées par l’Elysée via le cabinet Publifact de Patrick Buisson étaient les mêmes…
18h. C’est au tour de Madame le Procureur de donner son point de vue. Celle-ci se lance dans une analyse serrée des articles de Marianne, indiquant que seul l’un d’entre eux pouvait être considéré comme diffamatoire
18h40. Me Mario Stasi prend la parole pour défendre OpinionWay. Il rappelle que les sondages politiques ne concernaient qu’une infime partie de son chiffre d’affaires, effectué essentiellement grâce à des prestations réalisées pour des entreprises.
Sa plaidoirie insiste d’abord sur le ton des articles et leur côté « insultant » pour Hugues Cazenave et OpinionWay. Il dénonce ensuite le caractère très politique des arguments de la défense et des prévenus, à propos d’une affaire qui, pour lui, concerne le patron d’une PME qui a subi, du fait de ces attaques, « un véritable préjudice commercial ». Il affirme que le procès ne porte que sur un seul sujet : les journalistes ont-ils ou non exercé leur métier correctement, affirmant que seul l’hebdomadaire Marianne, contrairement à ses confrères de la presse, avait évoqué le sujet de façon aussi partiale.
19h. Me Jean-Yves Dupeux plaide le fond du dossier, laissant souvent un doigt levé en citant des documents venant en défense des articles incriminés. Il explique pourquoi il était du devoir des journalistes  de mener les enquêtes qu’ils ont faites sur les sondages de l’Elysée.
A son tour, Me Florence Bourg intervient pour la défense de Marianne en montrant notamment pourquoi les attaques des journalistes contre Opinion Way relevaient, comme on dit dans le jargon judiciaire, « de la bonne foi». L’avocate a montré à cet effet que plusieurs études d’Opinion Way donnaient des résultats contradictoires avec celles des autres instituts de sondages.

Peu avant 20h, le président du tribunal a clos les débats en indiquant que le jugement serait rendu le 16 mars prochain.
En attendant, les mêmes accusés comparaissent à nouveau vendredi devant la même XVII° Chambre. Avec, cette fois-ci, Patrick Buisson comme plaignant.

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