LE SYNDICALISME DE CLASSE: C’EST QUOI?

lutte de classes/ class struggle
Image by Farfahinne via Flickr

Au fait, le syndicalisme « de classe », c’est quoi ???

Vendredi 4 décembre 2009

Au fait, le syndicalisme « de classe », c’est quoi ???

Le 49ème Congrès de la CGT est marqué par l’opposition croissante d’une partie du syndicat au syndicalisme d’accompagnement et de cogestion, à la CFDTisation de notre confédération. C’est assez clair, et le congrès lui-même risque d’être un peu agité…
Il est d’usage courant d’opposer à la direction confédérale le « syndicalisme de classe et de masse ».
Mais que met-on derrière les mots, derrière les formules ? Beaucoup se retrouvent contre la collaboration de classe, mais sans forcément être clairs, ou partager une vision commune de l’avenir, et donc du syndicalisme que nous voulons – en positif cette fois.

Aussi, à l’occasion du congrès, voulons-nous éclairer la manière dont, NOUS, sur ce blog, nous voyons les choses. C’est bref, c’est résumé, c’est trop rapide et bien sur incomplet. Mais ces quelques paragraphes permettent de comprendre pourquoi nous nous battons.

« Tout est à nous, rien n’est à eux »
C’est vrai. Dans ce monde, les ouvriers, les  prolétaires et plus largement les travailleurs ne sont que des « ressources humaines » du capital, alors que ce sont nous qui créons les richesses. Nous créons tout, et pourtant, nous ne sommes rien. Le monde que nous voulons est bel et bien celui où nous reprendrons le contrôle des richesses que nous créons : tout est à nous.
Mais pour y arriver, quel est le principal ? Le pouvoir politique de l’état. L’économie est sous contrôle de la bourgeoisie, soumise au marché mondial, à la concurrence, la loi du profit. Le quartier général de nos exploiteurs, c’est l’Etat, le gouvernement, les ministères et leurs cohortes d’experts. « Tout est à nous », et pour y arriver, il nous faut le pouvoir, il nous faut une révolution, il nous faut remettre en cause les règles du jeu, le profit, la concurrence. Construire une autre société basée sur la satisfaction des besoins de tous, et avant tout des plus exploités. « Tout est à nous », mais ce ne sont ni les élections, ni les manifestations qui nous permettront de récupérer le contrôle sur nos vies et nos productions.
Oui, nous voulons « tout », et d’abord les moyens de notre propriété véritable : le pouvoir politique.

« Partageons les richesses, partageons les profits »
Partageons les richesses, bien sur, nous voulons un monde de justice et d’égalité. C’est nous qui les créons. Mais qui en décide la répartition ? La bourgeoisie, dans les entreprises et les ministères. Selon quels critères ? Selon la propriété du capital. « Partagez les profits » ? Et le reste ? Nous voulons tous, et pas seulement la plus-value qui engraisse les actionnaires. Nous voulons décider de tout sur les richesses et la manière dont elles sont créées.
Nous voulons « A chacun selon ses besoins », et dans un premier temps « A chacun selon son travail », ce qui suppose bien sur que tout le monde travaille. Nous voulons partager les richesses, mais aussi décider des priorités, des choix qui ne peuvent être que collectifs, au niveau d’un état populaire, transformé et démocratique. Pas d’armes, mais des logements. Des crèches pas des gadgets inutiles. Des médicaments fondamentaux et pas des substituts de luxe. Nous voulons partager les richesses, toutes les richesses, mais aussi les décisions sur les richesses. Sans laisser les décisions à quelques experts dans les ministères ou les parlements, aussi radicaux soient-ils.

« Ne pas perdre sa vie à la gagner »
Sur ce blog, nous prêtons fortement attention aux conditions de travail, à la pénibilité, à l’amiante, au travail posté et à tout ce que le capitalisme fait subir à la classe ouvrière. Car nous ne voulons pas seulement partager les richesses, nous voulons en finir avec un mode de production qui détruit l’humanité de l’homme, qui nous détruit physiquement et psychiquement. Nous voulons l’interdiction du travail de nuit, du travail posté, des cadences infernales, des horaires atypiques et hachurés, nous voulons en finir avec toutes les formes de harcèlement issues de la recherche effrénée de la compétitivité, nous voulons « travailler tous, moins, autrement ».
Nous voulons mettre l’homme au cœur du projet social, et pas la production. Et il faudra faire des choix, bouleverser fondamentalement notre mode de vie et de pensée, changer les priorités. Mais nous ne sommes pas prêts à des concessions, et c’est pour cela qu’une fois de plus cela renvoie au pouvoir d’Etat, au pouvoir de la bourgeoisie des entreprises et des ministères. Nous leur ferons « rendre gorge », nous changerons de fond en comble ce monde qui nous détruit jour après jour.

« Les jeunes dans la galère, les vieux dans la misère, de cette société-là, on n’en veut pas »

De quelle société ne veut-on pas ? Le mot d’ordre a le mérite d’être assez profond en ce qu’il porte : oui, de la jeunesse à la retraite, nous ne sommes que la chair à canon de la guerre économique. Cette société dont nous ne voulons pas, c’est la barbarie. Nous voulons une société pour le peuple, où nous serons les maîtres, où nous déciderons collectivement des choix qui nous concernent. On ne veut pas seulement un capitalisme humanisé, une exploitation plus douce, de la musique quand on travaille à la chaîne. Nous ne voulons plus de chaîne du tout. Nous ne voulons plus d’une société qui nous brise, qui nous divise, qui nous éparpille en autant d’individus laissés livrés à eux-mêmes et mis en concurrence entre eux.
« De cette société là, on n’en veut pas ». Cela veut dire de quelle société on veut, qu’il faut discuter, mettre en place des conseils populaires, débattre des choix, et aujourd’hui préparer la révolution dans les têtes pour préparer la révolution politique de demain.

« Tous ensemble, tous ensemble »
Bien sur, tous ensemble contre l’exploitation et le capital. Mais dans ce « tous ensemble », tout le monde n’est pas à égalité. Le cœur du « tous ensemble », c’est d’abord la classe ouvrière multinationale, avec ou sans papiers, les prolétaires exploités jusqu’à l’épuisement. Ce sont eux qui seront capables d’entraîner les hésitants, comme les petit-bourgeois (techniciens, enseignants etc…) qui râlent beaucoup mais ne connaissent rien aux horreurs de la production et ont du mal à imaginer abandonner leur place dans le monde actuel. Les cadres, il faut qu’ils choisissent leur camp, et pour l’essentiel, c’est fait, c’est celui du capital. Le Duigou, c’est un bourgeois. Alors, « Tous ensemble, tous ensemble », oui, certainement, mais « de l’OS à l’ingénieur », certainement pas !!! Cela revient pratiquement à mettre les plus exploités à la remorque de ceux qui ont déjà passé un doigt dans les engrenages capitalistes…

« La classe ouvrière est internationale, la classe ouvrière est multinationale »
Le capital est mondialisé. Dans ses choix, ses priorités, sa division du travail. Pour lui, les frontières n’existent plus, il raisonne à l’échelle de la planète.
Nous devons mondialiser la résistance ouvrière ! Nous lier aux peuples et ouvriers en lutte, et pas seulement en formules, dans les rencontres internationales, en solidarité aux luttes ailleurs sur la planète.
Le premier moyen, le plus facile, c’est ici même, chez nous. Parmi nous, déjà, il y a ceux qui ont des papiers et ceux qui n’en ont pas. Ceux qui sont nés ici et ceux qui sont nés ailleurs. Ceux qui ont fui l’épouvantable misère à la recherche d’un avenir meilleur, et ceux qui subissent année après année le talon de fer du capital. Ceux qui n’ont pas de papier et un travail, ceux qui ont des papiers mais pas de travail.
La classe ouvrière est multinationale. Dans les usines, sur les chantiers, dans le bâtiment, les services ou la métallurgie. Dans la lutte de classe. Ce n’est pas une question de besoin de l’économie capitaliste, ça on s’en fout. C’est une question de solidarité de classe, de combat ensemble contre nos exploiteurs communs. « Les prolétaires n’ont pas de patrie » disait-on au XIXème siècle. C’est plus que jamais vrai à l’heure de la mondialisation !

« Défendre le service public », « Nationaliser les entreprises », « défendre l’intérêt national » ?
Sur ce blog, nous le disons : la société est divisée en classes, deux classes irréconciliables opposées par la barrière de la lutte des classes. L’intérêt « général », cela n’existe pas, ce n’est qu’un écran de fumée pour nous faire avaler les décisions de nos exploiteurs. L’Etat n’est pas neutre, c’est le quartier général de nos exploiteurs (oui, on se répète, c’est lourd, mais c’est important). La structure de l’état, en ministères centralisés est au service des capitalistes et des impérialistes. Le système éducatif, le système de la recherche, le système des brevets et de la finance, les services publics comme l’énergie, les transports, le courrier sont au service du capital. C’est comme cela qu’ils ont été construits au fil des décennies, c’est comme cela qu’ils sont restructurés aujourd’hui.
Bien sur les usagers/citoyens subissent les conséquences de ces restructurations, et nous devons nous battre aussi à ce propos. Mais sans se tromper. Non « la Poste n’est pas à nous ». Non, « nationaliser les entreprises » ne change rien à l’exploitation. Non, l’intérêt national, c’est l’intérêt du capital.
D’abord, pour restructurer la production, les services publics dans un sens favorable au peuple, il faut le pouvoir politique. Il faut bouleverser de fond en comble l’appareil d’Etat y compris. Il faut une révolution. Et tous ceux qui prétendent que l’état n’est pas capitaliste, mais le lieu d’un « intérêt général » factice nous entraînent à repousser les bouleversements nécessaires, à maintenir l’état des choses existants, à mettre nos espoirs dans des élections et dans le changement du personnel parlementaire, à faire confiance à ceux qui se présentent comme les meilleurs experts pour gérer le capitalisme.

Défendre  « l’économie sociale, non capitaliste ? »
Les Scop, les Mutuelles, les banques coopératives, la gestion de la sécu, du chômage, des formations par les syndicalistes ? Mais à qui pourra-t-on faire croire qu’il est possible de construire un îlot de bonheur dans un monde de détresse ? Toutes ces institutions respectent les règles du jeu du capital. Tous les syndicalistes qui mettent leurs mains là-dedans s’incrustent dans les règles de gestion, de la concurrence, du marché, ils se mettent à penser comme nos patrons, ils en viennent au pire à faire pareil. Quand on brasse des millions comme les patrons, on se met à penser comme eux…
Qui nous fera croire que dans une SCOP tout le monde est à égalité ? Les dirigeants dirigent, les exécutants exécutent, et la division demeure.
Il n’y a pas d’économie non capitaliste, d’îlot socialiste dans un océan de guerre économique capitaliste.
Nous ne pourrons construire une économie sociale qu’en ayant les rênes du pouvoir, nous nous répétons. En ayant bouleversé les règles du jeu, du marché, de la concurrence, du choix des priorités, des modes de gestion, de la division du travail, de la comptabilité même.
Faute de quoi, l’économie sociale c’est du baratin pour experts syndicaux en mal de reconversion, un discours qui les arrange bien pour justifier leurs planques et positions hiérarchiques. Et on peut en voir tous les dégâts dans les gros CE, comme à la SNCF par exemple…

« Des moyens pour les CE et les syndicats » ?

Non, nous voulons que les ouvriers, les prolétaires, les travailleurs prennent eux-mêmes leurs affaires en mains. Nous ne voulons pas de représentativité, le cumul des délégations, le fonctionnement par sondages d’opinion, la multiplication des experts dans tous les domaines (avocats, juristes, experts CHSCT, conseillers prud’homaux…), la participation à ces dizaines d’instances bureaucratiques, de commissions « aspirateurs ». Les patrons savent très bien nous entraîner et nous ficeler là-dedans (et même des militants qui se disent radicaux s’y laissent piéger).
Nous voulons des syndicats de classe, appuyés sur la mobilisation ouvrière, des structures légères mais de combat. Parce que le monde que nous voulons construire est celui où les travailleurs auront TOUT le pouvoir, et pas seulement le droit de bosser.
Après, bien sûr et sur cette base, les experts peuvent avoir leur utilité. Mais ne nous trompons pas de priorité, c’est la voix de la classe qui est notre guide et c’est sous notre contrôle qu’ils doivent exercer.

Etc… etc… on pourrait continuer longtemps l’explication de texte, derrière les mots d’ordre que nous scandons dans les manifestations.
Derrière les mots d’ordre, il y a un projet de futur libéré que nous portons et construisons. Et c’est aussi ce projet qui nous permet de nous orienter dans la lutte immédiate, de ne pas défendre n’importe quoi.
Car si nous voulons reconstruire le syndicalisme de classe, ce n’est pas seulement en rejetant le syndicalisme de collaboration que nous détestons, c’est en avançant notre projet, positif.
Cela suppose d’en débattre, et c’est bien un des rôles de ce blog!

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